Asset Management: Monthly Macro Insights - Avril 2026
Le conflit militaire entre les États Unis, Israël et l’Iran a franchi un seuil décisif. La fermeture du détroit d’Ormuz a transformé un risque géopolitique en un choc d’approvisionnement mondial, affectant les marchés de l’énergie, les chaînes d’approvisionnement, la dynamique de l’inflation et la politique monétaire à l’échelle internationale. La situation pourrait déboucher sur un contexte de pressions inflationnistes accrues combinées à un ralentissement de la croissance, accentuant ainsi le risque de stagflation.
Le détroit d'Ormuz : un choc sous-estimée
Environ un cinquième de la consommation mondiale de pétrole et une part importante des exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) transitent par le détroit d’Ormuz. Plus généralement, la hausse des coûts de transport, l’augmentation des primes d’assurance et les goulets d’étranglement logistiques perturbent les chaînes de valeur mondiales. Les retards dans la livraison des biens intermédiaires fragilisent les modèles de production en flux tendu, réduisent le taux d’utilisation des capacités et découragent l’investissement. Il en résulte un frein à la production mondiale qui s’étend bien au delà du seul secteur de l’énergie.
De la « slowflation » aux risques de stagflation
Dans l’ensemble, ces dynamiques augmentent sensiblement le risque de « slowflation » — caractérisée par une croissance faible associée à une inflation durablement supérieure aux objectifs des banques centrales.
Dans un scénario plus défavorable, les perturbations de l’offre persisteraient et des effets de second tour pourraient émerger via les salaires, les comportements de fixation des prix et les anticipations d’inflation. Les économies pourraient alors être confrontées à une stagflation, marquée par une hausse du chômage accompagnée d’une inflation tenace — une combinaison rappelant les épisodes les plus difficiles des crises énergétiques passées.
Des réponses divergentes entre banques centrales
Pour les banques centrales, le défi est considérable. Elles ne peuvent ni rétablir les chaînes d’approvisionnement ni rouvrir les voies maritimes. En principe, un choc énergétique négatif peut être ignoré s’il est temporaire et si les anticipations d’inflation restent solidement ancrées. Ce raisonnement change toutefois lorsque le choc risque de s’inscrire dans la durée et de se transformer en régime inflationniste persistant.
Si la Fed et la BCE sont confrontées au même choc externe, leurs réponses révèlent néanmoins des contrastes importants, liés à leur structure économique et à leur dépendance énergétique.
La Fed fait face à un arbitrage complexe entre la maîtrise de l’inflation et la stabilisation de l’emploi, inhérent à son double mandat. D’une part, les prix de l’énergie augmentent, tandis que les droits de douane contribuent également aux pressions inflationnistes. En revanche, les États Unis bénéficient d’un degré élevé d’autosuffisance énergétique, ce qui limite la répercussion directe de la hausse des prix du pétrole sur l’activité intérieure. Dans ce contexte, la Fed a adopté, à ce stade, une posture attentiste.
À l’inverse, la BCE — dont le mandat est exclusivement centré sur la stabilité des prix — a mis l’accent sur la vigilance. L’expérience récente de l’Europe en matière d’inflation élevée à la suite de la crise énergétique de 2022 pourrait accélérer les mécanismes de répercussion et les effets de second tour, incitant entreprises et salariés à ajuster plus rapidement prix et salaires. Cette « mémoire de l’inflation », combinée à la forte dépendance énergétique de l’Europe et à un contexte de croissance plus fragile, conduit la BCE à se concentrer prioritairement sur la persistance de l’inflation, au delà de la seule évolution de l’inflation globale.
Une chose est néanmoins certaine : dans le contexte d’un choc d’offre lié à Ormuz, les perspectives économiques mondiales sont devenues profondément incertaines.
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de Marc-Antoine Collard, Chef Économiste et Responsable de la recherche