Produits structurés : l’importance d’une approche disciplinée
Les produits structurés constituent des instruments d’ingénierie financière qui peuvent, dans certains contextes de marché, contribuer à la diversification d’un portefeuille. Leur pertinence dépend toutefois étroitement de la manière dont ils sont conçus, des sous‑jacents retenus, des mécanismes intégrés et de leur insertion dans une allocation globale.
L’actualité récente a mis en lumière certaines pratiques de marché autour de produits structurés adossés à une action individuelle. Ces situations rappellent que tous les produits structurés ne se valent pas et qu’une analyse approfondie de leur construction est indispensable avant toute décision d’investissement.
Le cas Stellantis : un rappel des risques liés aux produits structurés sur action individuelle et à la mécanique du décrément
Plusieurs produits structurés récemment commercialisés sur le marché étaient construits sur l’action Stellantis comme sous‑jacent unique, dans un environnement où le titre évoluait à des niveaux élevés. Ces produits ont ensuite été affectés par la forte baisse du cours de l’action et par l’évolution de sa politique de dividende (Stellantis a annoncé ne pas verser de dividende en 2026).
Ainsi, selon L’Agefi, entre 2 et 2,5 milliards d’euros d’épargne auraient été investis sur ces produits structurés adossés à l’action Stellantis, lesquels ont subi une dévalorisation massive, ne valant parfois plus que 10 % de leur valeur initiale.
Les difficultés rencontrées ne relèvent pas de l’entreprise elle‑même, mais de la structuration de certains produits financiers adossés à son action. Il s’agissait notamment de produits intégrant des mécanismes de dividende fixe ou de décrément, inspirés des indices à dividende synthétique.
Dans ce type de structure, le sous‑jacent suivi par le produit n’est pas l’action telle qu’elle est cotée, mais une version retraitée à laquelle est appliqué un prélèvement forfaitaire régulier, censé représenter un dividende théorique. Lorsque le dividende réellement versé par l’entreprise devient inférieur à ce forfait, ou disparaît, le mécanisme de décrément continue de s’appliquer, ce qui accélère la dégradation de la valeur du produit.
Cet épisode illustre ainsi deux risques spécifiques :
- le risque de concentration lié à un titre vif unique ou à indice « propriétaire », c’est-à-dire créé par l’émetteur du produit;
- le risque lié à un mécanisme de décrément.
Ce sont précisément ces deux dimensions, surtout lorsqu’elles sont combinées, que notre approche vise à éviter.
Comprendre l’effet d’un décrément
Un indice à décrément ne suit pas directement le cours de l’action ou de l’indice de référence. Il suit une version retraitée de ce sous‑jacent, lequel est augmenté du dividende réel mais diminué d’un montant prédéfini en points ou en pourcentage.
Lorsque le décrément est calculé en points, cela signifie que quel que soit le niveau de l’indice le même montant absolu sera déduit de celui-ci. Ainsi, alors que l’incidence du décrément en pourcentage est, par définition, constante, elle est variable pour le décrément en points.
À titre d’illustration, un indice synthétique peut être lancé avec un niveau initial de 10 euros et intégrer un décrément fixe de 1 euro par an. Au départ, ce décrément représente 10 % du niveau initial du sous‑jacent.
Si le sous‑jacent baisse ensuite autour de 5 euros, le même décrément annuel de 1 euro ne représente plus 10 %, mais 20 % de la valeur restante. Le prélèvement devient donc proportionnellement beaucoup plus lourd (ainsi, au bout de 5 ans, après 5 prélèvements de 1 euro, l’indice sous-jacent vaudrait 0 si son cours reste inchangé).
Autrement dit, lorsque le décrément est fixé en points, son montant ne s’ajuste pas à la baisse du sous‑jacent. Il continue de s’appliquer en valeur absolue, même si l’indice a fortement reculé. Cette mécanique peut accélérer la dégradation du sous‑jacent synthétique utilisé dans la formule du produit.
Dans le cas d’un produit adossé à une action individuelle, ce mécanisme peut être encore plus sensible : l’investisseur est exposé à la fois à la baisse du titre et à l’écart éventuel entre le dividende réellement versé par l’entreprise et le décrément retenu dans la structure. Si le dividende est réduit ou supprimé, le décrément continue néanmoins de s’appliquer.
Pourquoi certains structureurs utilisent des indices à décrément ?
L’ajout d’un décrément, lorsqu’il est supérieur au dividende réel, rend la condition de remboursement plus exigeante.
Ce durcissement des conditions de performance permet, en contrepartie, d’afficher un coupon potentiel plus élevé ce qui peut donc apparaître plus attractif à la lecture de la documentation commercial d’un produit structuré.
Une approche disciplinée
Notre cadre de gestion repose sur un choix clair : nous retenons exclusivement des produits structurés construits sur de grands indices boursiers, larges, diversifiés et liquides.
Nous évitons les produits structurés adossés à une action individuelle assortis d’un risque en capital illimité. Nous excluons également les structures reposant sur des indices à décrément. Cette discipline permet de ne pas dépendre de l’évolution d’une seule société, de la politique de dividende d’un émetteur unique, d’un événement propre à une entreprise ou encore d’un mécanisme de prélèvement forfaitaire susceptible d’amplifier la baisse du sous‑jacent.
Le recours à de grands indices ne supprime pas le risque de marché. En revanche, il permet de diversifier l’exposition sur un univers plus large et d’éviter les risques idiosyncratiques propres à une valeur individuelle. Cette approche nous paraît plus cohérente avec une gestion patrimoniale diversifiée et de long terme.
Une sélection fondée sur la lisibilité et la cohérence
Notre analyse d’un produit structuré porte sur l’ensemble de ses caractéristiques, et non sur le seul rendement potentiel. Nous examinons notamment la nature du sous‑jacent, la formule de remboursement, les niveaux de protection éventuels, la maturité, les scénarios favorables et défavorables, ainsi que la place du produit dans l’allocation patrimoniale globale.
Le rendement potentiel est toujours analysé comme la contrepartie d’un risque identifié. Un coupon attractif ne constitue pas, en soi, un critère suffisant : il doit être apprécié au regard du sous‑jacent, du niveau de barrière, de la maturité et du comportement attendu du produit selon différents scénarios de marché.
Cette lecture globale est d’autant plus essentielle que les produits structurés sont, par construction, des instruments dont le fonctionnement repose sur des conditions déterminées à l’avance.
Une structuration en architecture ouverte et un suivi dans le temps rigoureux
Nous travaillons en architecture ouverte et en transparence de frais. Nous sélectionnons nos partenaires bancaires dans le cadre d’une procédure d’appel d’offres, afin de rechercher les meilleures caractéristiques disponibles auprès de différentes contreparties et de préserver notre indépendance.
Notre accompagnement ne s’arrête pas à la mise en place du produit. Nous assurons un suivi dans le temps rigoureux, depuis la création du produit jusqu’à son échéance, en lien avec son scénario initial, l’évolution des marchés et sa contribution au portefeuille.
" Nous considérons les produits structurés comme un produit de gestion à part entière. Leur introduction dans les portefeuilles résulte d’une conviction de notre équipe de gestion, et non d’une logique de mode ou de recherche isolée de rendement. "
Le rôle des produits structurés dans nos allocations
Nous considérons les produits structurés comme un produit de gestion à part entière. Leur introduction dans les portefeuilles résulte d’une conviction de notre équipe de gestion, et non d’une logique de mode ou de recherche isolée de rendement.
Par la nature optionnelle de leurs profils de remboursement, les produits structurés peuvent présenter des comportements différents de ceux des placements obligataires directionnels ou des positions actions. Ils peuvent ainsi contribuer à la diversification d’une allocation, notamment par leur asymétrie et par les niveaux de protection définis à l’avance dans certains scénarios.
Une cohérence nécessaire avec l’allocation globale du portefeuille
Les produits structurés doivent toujours être appréhendés en cohérence avec l’allocation globale du portefeuille. Leur pertinence ne s’évalue pas à travers un coupon isolé, mais à travers leur rôle dans l’équilibre d’ensemble : diversification, asymétrie du profil de performance, niveau de risque accepté et horizon d’investissement.
L’actualité récente rappelle qu’un produit structuré peut devenir inadapté lorsque sa construction repose sur une concentration excessive ou sur des mécanismes insuffisamment lisibles. À l’inverse, notre approche vise à retenir des solutions fondées sur de grands indices, sans exposition à des titres vifs ni à des indices à décrément, afin d’inscrire ces instruments dans une allocation patrimoniale diversifiée.
Cette discipline ne supprime pas le risque inhérent aux marchés financiers ni le risque de perte en capital. Elle permet en revanche de ne pas être exposé aux risques spécifiques mis en évidence par les produits structurés construits sur une action individuelle intégrant notamment un mécanisme de décrément.