Asset Management: Monthly Macro Insights - May 2026
Le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran a franchi un nouveau cap géopolitique.
La fermeture du détroit d’Ormuz a transformé une crise régionale en un choc d’approvisionnement aux répercussions mondiales, affectant les marchés de l’énergie, les chaînes logistiques et les perspectives d’inflation. Si les perturbations se prolongent, elles pourraient peser sur la croissance tout en alimentant les tensions sur les prix, ravivant ainsi les craintes de stagflation.
Le détroit d'Ormuz :un point de passage stratégique
Par où transite près d’un cinquième du pétrole consommé dans le monde et une part importante du commerce mondial de GNL, le détroit d’Ormuz occupe une place centrale dans l’équilibre énergétique mondial. Sa fermeture ne se limite pas au seul marché de l’énergie : la hausse des coûts de transport, l’augmentation des primes d’assurance et les perturbations logistiques affectent l’ensemble des chaînes de valeur. Les retards d’approvisionnement pèsent sur la production industrielle, freinent l’investissement et constituent un obstacle croissant à l’activité économique mondiale.
Vers un environnement de croissance plus fragile
Dans ce contexte, le risque d’une période de « slowflation » s’accroît, avec une croissance économique ralentie accompagnée d’une inflation durablement élevée. Si les tensions sur l’offre venaient à se prolonger, les hausses de coûts pourraient progressivement se diffuser à l’ensemble de l’économie via les salaires, les prix des services et les anticipations d’inflation. Les économies seraient alors confrontées à un risque accru de stagflation, combinant faible croissance, montée du chômage et pressions inflationnistes persistantes.
Des banques centrales face à un choc qu’elles ne peuvent contrôler
La fermeture du détroit d’Ormuz place les banques centrales devant un défi particulièrement complexe. Si elles peuvent agir sur les conditions financières, elles ne peuvent ni rétablir les chaînes d’approvisionnement ni résoudre les perturbations affectant le commerce mondial. Tant qu’un choc énergétique reste temporaire, son impact sur la politique monétaire peut être limité. En revanche, si la hausse des coûts venait à s’installer durablement et à alimenter les anticipations d’inflation, les banques centrales seraient confrontées à des arbitrages beaucoup plus délicats.
La Fed et la BCE, deux lectures du même choc
Bien que confrontées au même environnement géopolitique, la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne n’abordent pas la situation de la même manière. Aux États-Unis, la Fed doit composer avec son double mandat de stabilité des prix et de soutien à l’emploi. Si la hausse des prix de l’énergie et les droits de douane continuent d’alimenter l’inflation, le degré élevé d’autosuffisance énergétique du pays limite néanmoins l’impact direct du choc pétrolier sur l’économie. Dans ce contexte, la banque centrale privilégie pour l’instant une approche prudente et attentiste.
Une vigilance accrue en Europe
La BCE adopte une posture plus préoccupée par les risques inflationnistes. La forte dépendance énergétique de l’Europe, combinée au souvenir encore récent du choc énergétique de 2022, accroît le risque d’effets de second tour sur les salaires, les services et les anticipations de prix. Dans un contexte de croissance déjà modérée, l’institution reste particulièrement attentive à la persistance de l’inflation au-delà des mouvements observés sur les prix de l’énergie.
Une visibilité réduite sur l’économie mondiale
Quelle que soit la réponse des banques centrales, un constat s’impose : le choc provoqué par les perturbations dans le détroit d’Ormuz a considérablement accru l’incertitude économique. L’évolution des prix de l’énergie, de l’inflation et de la croissance dépendra désormais largement de la durée des perturbations et de leur transmission à l’ensemble de l’économie mondiale.